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Interview

Fernando Estimé : entre passion, engagement et fierté nationale, “Mister Haïti” se confie sur l’émotion du Mondial 2026!

Fernando Estimé : entre passion, engagement et fierté nationale, “Mister Haïti” se confie sur l’émotion du Mondial 2026!

Le dimanche 23 novembre, quelques jours après la qualification historique de la sélection haïtienne pour la Coupe du Monde 2026, Haïti Sport Universel a échangé avec Fernando Estimé, figure emblématique du supportérisme haïtien, connu sous le nom de “Mister Haïti”. Entre passion, sacrifices personnels et rêves réalisés, il revient avec émotion sur son parcours et sur ce moment historique pour le football haïtien.

INTERVIEW

HSU. Vous êtes très connu du grand public, notamment grâce à vos émissions à la Radio Télévision Caraïbes, vos lives Facebook et vos apparitions avec des tenues aux couleurs haïtiennes. D’où vient le surnom “Mister Haïti” ?

Fernando Estimé :
C’est surtout en 2023, lors de la Coupe du Monde Féminine, que ce nom a commencé à circuler. Pour supporter les Grenadières, j’avais voyagé avec ma femme, mes deux garçons, mon beau-frère et plusieurs amis. J’avais aussi apporté environ six valises remplies exclusivement de vêtements aux couleurs haïtiennes, pour les distribuer.

En Australie, les gens étaient fascinés : dans la rue, tout le monde m’appelait “Mister Haïti”. Des supporters de toutes nationalités voulaient prendre des photos, discuter, et même me demander des autographes. C’est là que le surnom est officiellement né.

HSU. Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir un fan aussi engagé au fil des années ?

F.E :
Je suis né dans le département de l’Artibonite. Depuis tout jeune, je supportais des clubs comme les Amateurs de Cité Soleil ou le Racing des Gonaïves. Mais mon amour pour les équipes nationales, lui, vient d’un profond patriotisme. Le drapeau, l’hymne, la représentation du pays… tout cela me touche naturellement. Être fan de la sélection, pour moi, c’est une mission d’honneur.

HSU. Pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant que supporter passionné de football ?

F.E :
Je suis aujourd’hui supporter du Real Madrid et du Brésil, mais j’ai longtemps été un grand fan du Barça, surtout à l’époque de Ronaldinho. Quand il a quitté le club, j’ai naturellement décroché et me suis tourné vers le Real, qui avait dans ses rangs Ronaldo.

J’aimais tellement le Barça de l’époque que je rêvais d’aller les voir au Camp Nou, mais je n’en avais pas les moyens. Plus tard, la vie m’a donné la possibilité d’assister à n’importe quel match. Chaque décembre, j’emmène même des amis, que j’avais l’habitude d’aller regarder des matchs ensemble chez eux à Port-au-Prince, de la rue Nicolas, à assister Los Angeles Lakers en NBA. C’est ma manière de les remercier.

HSU. Quelle est votre plus grande source de motivation pour soutenir les équipes nationales, malgré les difficultés du football haïtien ?

F.E :
Représenter Haïti, c’est un honneur. Et j’ai souvent vu que notre passion dépasse les obstacles. En 2023, lors du Mondial féminin, j’ai reçu une invitation officielle de la FIFA pour assister à la cérémonie d’ouverture aux côtés des dirigeants. C’est un privilège rare. Je me suis dit : voilà ce que le football peut offrir, même à un simple supporter fidèle. Ce sont des choses que l’argent ne peut pas acheter, mais Haïti m’a donné ce privilège.

HSU. Comment avez-vous vécu la qualification des Grenadiers pour la Coupe du Monde, le 18 novembre 2025 ?

F.E. :
C’était un moment indescriptible. Le 19 décembre 2022, j’ai publié sur ma page Facebook :
“Mwen se Fernando Estimé, mwen vle Ayiti ale nan Mondial 2026 la.”

« Mw angaje m pou m bay 100 000 dola US pou ede seleksyon an prepare. »

Beaucoup d’amis m’ont critiqué : ils trouvaient ce geste comme une folie. Mais j’y croyais, profondément. Et lorsque Haïti s’est qualifiée, j’étais en train de faire un live de trois heures sur ma page Facebook, pour fêter la qualification. Ce soir-là, les mêmes personnes m’ont appelé pour me féliciter : “Ou te kwè, e rèv la reyalize.”

HSU. La FIFA a utilisé votre image pour féliciter Haïti après sa qualification. Comment avez-vous réagi ?

F.E. :
C’est un honneur immense. Certaines choses n’ont pas de prix. La photo utilisée par la FIFA avait été prise lors du Mondial féminin. La FIFA m’avait même envoyé un message, après le Mondial féminin pour me dire que ces photos, sont des « photos premium » de la compétition.

Je me souviens surtout d’une scène mémorable : durant le match Haïti – Chine, une consultation VAR a duré neuf minutes. Pendant tout ce temps, mon image est apparue sur l’écran géant, et je criais “Haïti, Haïti, Haïti”. Le stade entier, y compris les Australiens et même les Chinois, répétaient également Haïti, Haïti, Haïti… Après le match, le journal brésilien O Globo a publié ma photo en une avec ce titre :
“Il a volé la vedette de la Coupe du Monde.”



HSU. Que représente pour vous le fait d’être devenu un symbole des supporters haïtiens ?

F.E. :
C’est une fierté immense, mais aussi une responsabilité. Je veux montrer que l’amour pour le pays peut être contagieux et positif. Si je peux inspirer l’unité et la passion, alors j’ai accompli quelque chose de beau.

HSU. Quelle a été votre première réaction quand l’arbitre a sifflé la fin du match, confirmant la qualification après 52 ans d’attente ?

F.E. :
J’ai crié, j’ai pleuré, j’ai sauté… C’était un mélange de soulagement, d’euphorie et de gratitude. On a attendu ça toute une vie, 51 ans plus tard. Je pensais à des anciens, à des parents, à tout un peuple. C’était plus qu’un match : c’était l’histoire.



HSU. Comment décrivez-vous l’importance de cette qualification pour le peuple haïtien ?

F.E. :
Elle apporte de la joie dans un pays qui en manque. Elle redonne espoir, dignité, fierté. Pendant quelques heures, Haïti a oublié ses problèmes. Le football a une puissance extraordinaire de guérison et de rassemblement.

HSU. Selon vous, les supporters jouent-ils un rôle important dans la performance des équipes nationales ?

F.E. :
Oui, énormément. Avec des amis, nous mobilisons déjà pour acheter des billets et en offrir à des fans haïtiens pour la Coupe du Monde. Nous cherchons aussi à distribuer un conteneur entier de maillots pour que les supporters puissent représenter le drapeau. Mon rêve est de voir 30 000 Haïtiens dans les tribunes pour pousser nos Grenadiers.

HSU. Comment vivez-vous le fait que de nombreux jeunes vous voient aujourd’hui comme un modèle de passion et de fidélité ?

F.E. :
C’est un privilège, et aussi une preuve que mon travail n’est pas vains. Cela me pousse à rester constant dans mon engagement.

HSU. Quel message souhaitez-vous adresser aux fans haïtiens qui vous suivent ?

F.E. :
Ne perdez jamais espoir. Tout est possible. Il suffit d’y croire, d’aimer le pays et de rester unis.


HSU. Qu’attendez-vous de l’équipe nationale pour la Coupe du Monde ?

F.E. :
J’attends une représentation digne, disciplinée, qui montre au monde le vrai visage d’Haïti. Le résultat compte, mais l’attitude comptera encore plus.


HSU. Selon vous, jusqu’où Haïti peut-elle aller dans cette Coupe du Monde ?

F.E. :
Je refuse que qui que ce soit limite notre sélection. Le format à 48 équipes ouvre de nouvelles possibilités. Et toutes les équipes vont découvrir ce modèle pour la première fois. Aucun pays n’a jamais joué la compétition sur 3 pays, avec toutes ces équipes.

Avec trois points, une équipe peut se qualifier comme meilleure troisième. Haïti peut surprendre le monde. On ne va pas à la Coupe du Monde pour jouer trois matchs : on y va pour avancer.

HSU. Quel est votre plus grand rêve pour le football haïtien ?

R :
Voir Haïti gagner une Coupe du Monde un jour. C’est ambitieux, oui. Mais un pays qui rêve est un pays vivant.

Valdyrsen Déris, né à Port-au-Prince, est licencié en Théologie et poursuit actuellement des études en Communication et Relations humaines à Maurice Communication. Il a également étudié les Lettres modernes à l'École Normale Supérieure (ENS). Passionné de sport, Valdyrsen Déris est co-fondateur de RCNS-Haïti et d'Haïti Sport Universel. Il occupe le poste de Responsable des Relations Publiques chez KATIZANA et fait partie de l'équipe de rédaction d'Haïti Sport Universel depuis 2020.

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